les douze mois (12)

door johan_velter

december_gebroeders-van-limburg

(Décembre)
Les hôtes

— Ouvrez, les gens, ouvrez la porte,
je frappe au seuil et à l’auvent,
ouvrez, les gens, je suis le vent
qui s’habille de feuilles mortes.

— Entrez, monsieur, entrez, le vent
voici pour vous la cheminée
et sa niche badigeonnée ;
entrez chez nous, monsieur le vent.

— Ouvrez, les gens, je suis la pluie,
je suis la veuve en robe grise
dont la trame s’indéfinise,
dans un brouillard couleur de suie.

— Entrez, la veuve, entrez chez nous,
entrez, la froide et la livide,
les lézardes du mur humide
s’ouvrent pour vous loger chez nous.

— Levez, les gens, la barre en fer,
ouvrez, les gens, je suis la neige ;
mon manteau blanc se désagrège
sur les routes du vieil hiver.

— Entrez, la neige, entrez, la dame,
avec vos pétales de lys
et semez-les par le taudis
jusque dans l’âtre où vit la flamme.

Car nous sommes les gens inquiétants
qui habitent le Nord des régions désertes,
qui vous aimons — dites, depuis quels temps ? —
pour les peines que nous avons par vous souffertes.

Emile Verhaeren, Les douze mois (1895) (Poésie complète 7, AML éditions, 2009)
Beeld : De gebroeders van Limburg, December, Les très riches heures du Duc de Berry (begin 15de eeuw)

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