laatste zinnen (79)

door johan_velter

laatste-zinnen_79

L’antimoderne est le revers, le creux du moderne, son repli indispensable, sa réserve et sa ressource. Sans l’antimoderne, le moderne courrait à sa perte, car les antimodernes sont la liberté des modernes, ou les modernes plus la liberté. Refusant toute tyrannie de la pensée, adoptant devant toute alternative une véritable attitude critique, ils ne sont littérairement et politiquement ni de droite ni de gauche, non pas au sens où Zeev Sternhell voyait en Barrès le précurseur du fascisme, mais au sens de la neutralisation sollicitée par Barthes. L’antimoderne est le neutre où Barthes rejoint de Maistre.

Gracq appelle Chateaubriand un « réactionnaire de charme ». On ne trouvera pas de définition plus parfaite de l’antimoderne : la réaction plus le charme, c’est-à-dire la traversée de la réaction, la réaction contre la réaction, ou l’ironie de la réaction et la requalification du pessimisme. Gracq ajoute – on est en 1960 – qu’il s’agit d’un « type que notre époque réactualise de plus d’un façon ». A qui pense-t-il ? Sans doute à lui-même. Modernes dégrisés ou contrariés, et réactionnaires de charme, les antimodernes sont le sel du moderne.

Antoine Compagnon, Les antimodernes : de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Folio Essais, 2016

Advertenties