les douze mois (9) – september

door johan_velter

september_gebroeders van limburg

(Septembre)
La lune

Sous la voûte que sur la terre
minuit construit avec de l’or,
tu voyages, par le soir mort,
œil morne et dur et sans paupières.

Œil imposant ta volonté
aux peuples lourds et taciturnes,
qui bâtirent leurs sphinx nocturnes
avec des blocs d’éternité.

Œil qui casses ta clarté ronde
comme un cristal contre les dalles,
que font les vagues colossales
sur des plages, au bout du monde.

Œil d’immémorial ennui,
unique, éclatant et livide,
que le temps sculpte au front du vide
dans le visage de la nuit.

Œil si vieux que la terre oublie,
monotone, depuis quel jour,
monotone, tu fais le tour,
toujours, de sa mélancolie.

Œil hostile des firmaments
qui travailles, sans nulle peur,
à la folie et la terreur
des poètes et des amants.

Emile Verhaeren, Les douze mois (1895) (Poésie complète 7, AML éditions, 2009)
Beeld : De gebroeders van Limburg, September, Les très riches heures du Duc de Berry (begin 15de eeuw)

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