les douze mois (8)

door johan_velter

augustus_gebroeders van limburg

(Août) Les mouches

La table est grasse et la desserte est chaude encor.
Les gars repus s’en sont allés couper les ors
Des grands épis pareils à des pointes de lances ;
L’été gerce le sol et brûle le silence.

Et dans le chaud fournil que le soleil étreint,
Parmi des brocs de grès, parmi des plats d’étain,
Sur les rudes cuillers, sur les couteaux farouches,
Rôde le peuple noir et vrombissant des mouches.

Et la guêpe rayée et le bourdon velu
S’en vont mêlant ou démêlant leurs jeux goulus,
Autour des ronds poisseux que laissèrent les verres
Aux vieux bahuts mouillés de laitage et de bière.

Contre la vitre, un vol se cogne et choit soudain ;
Quand un essaim nouveau rentre par le jardin :
Et le ronron reprend plus sonore et plus souple
Et les mouches partout en se frôlant s’accouplent.

C’est la fête des insectes houleux et fous.
Pattes vives, ailes prestes, corselets roux,
Tourbillonnent aux champs, aux clos et aux chaumières,
Dans la kermesse en feu des fleurs et des lumières.

Et juin s’efface et voici l’août, quand juillet meurt,
Et sans cesse grandit l’affolante rumeur,
Jusques aux jours rugueux d’octobre et de novembre,
Et de la mort sans feu, dans un coin de la chambre.

Emile Verhaeren, Les douze mois (1895) (Poésie complète 7, AML éditions, 2009) Beeld : De gebroeders van Limburg, Augustus, Les très riches heures du Duc de Berry (begin 15de eeuw)

Advertisements