les douze mois (7)

door johan_velter

juli_gebroeders van limburg

(Juillet)
L’heure torride

L’été s’est épandu, malade et malfaisant,
avec du plomb dans son sang blanc,
avec sa rage et sa colère :
l’été ! et ses lumières carnassières
et ses silences fermentants.

– Vous, les jardiniers de la mort,
en vos plaines torrides,
voici des fleurs qui ont des rides
et qui penchent, ainsi que des remords,
leurs ors, sur les chemins arides.

– Vous, les charpentiers de la mort,
voici les géantes cuirasses
des grands hêtres dont l’écorce se casse
dans les forêts comme engourdies
sous les flammes du ciel brandies.

– Vous, les fossoyeurs de la mort,
voici la stérile agonie
des verdures trop tôt finies :
voici le lin par l’insecte mangé ;
voici la souple avoine et le froment flexible
et les rameaux des vieux vergers,
flétris sous des brûlures invisibles.
Depuis des jours, depuis des temps,
minutieux et persistant,
le soleil perce, à coups d’aiguilles,
la vie éparse aux champs tranquilles ;
le soleil mord, le soleil vrille
le sol brûlant et haletant
et ploie et broie en sa torture
le large espoir de la moisson future.

La terre entière en est paralysée.

– Dites à quand les émeutes, les rages
et l’entrechoquement des blocs d’orage
et les pâles éclairs dans la nue ardoisée ?

En attendant, là-bas, au loin,
une tuile de verre étincelle en un coin
et sa lueur, comme un glaive de haine,
de part en part, traverse au cœur la plaine.

Emile Verhaeren, Les douze mois (1895) (Poésie complète 7, AML éditions, 2009) Beeld : De gebroeders van Limburg, Juli, Les très riches heures du Duc de Berry (begin 15de eeuw)

Advertenties